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Propositions d’aménagement de l’île boisée en vue de
favoriser la nidification d’espèces cibles
Aricia Evlard & Gersende
Dangoisse, novembre 2007
Avec l’aide de Sébastien Pierret, conservateur-adjoint.
Présentation de
l’île, faune et flore
La
superficie de l’îlot est d’un peu moins de 10 ares. Sa
position centrale en fait un lieu de choix pour les
oiseaux, qui pourraient y trouver toute la tranquillité
dont ils ont besoin, notamment pour nicher. En effet, le
site est difficilement accessible pour les prédateurs
comme le renard ou la fouine. Malgré cela, l’îlot reste
actuellement très peu fréquenté, probablement en raison
de la structure végétale, qui est totalement fermée.
Il est peuplé de grands arbres (hauteur moyenne de 7,8m)
sur son pourtour, arbres dont les branches sont
essentiellement dirigées vers l’eau. Près de la moitié
des arbres ont une circonférence comprise entre 120 et
140 cm. 16 essences ont été recensées, avec un total de
82 pieds. Les deux essences les plus fréquentes sont le
frêne commun et le merisier. A l’intérieur de l’île, on
retrouve quelques grands arbres auxquels s’ajoutent de
la ronce et quelques arbustes tels que l’aubépine à un
style, l’églantier, le cytise et le sureau noir.
Quelques jeunes arbres sont présents notamment à
l’intérieur de l’île mais leur croissance est limitée
par le manque de lumière. Les arbres morts sont
minoritaires. La présence de lierre sur les troncs et
sur le sol n’est pas négligeable. Ceci est probablement
lié à l’ombrage des grands arbres. La strate herbacée
est peu représentée, avec quelques benoîtes communes et
orties.
L’îlot est délimité par des pierres de différentes
natures et différentes tailles, déchets provenant des
anciennes forges. Une petite plage est plus ou moins
accessible du côté nord-est.
Il est actuellement utilisé comme dortoir par le Grand
cormoran et quelques Grandes aigrettes. Durant la
journée, il est visité par des petits passereaux tels
que la Mésange charbonnière et quelques oiseaux d’eau se
reposent sur ses berges.
Propositions
d’aménagement
1 :
Ouverture du milieu et création de perchoirs
Un éclaircissement partiel du site est nécessaire en vue
de favoriser la variété de structures verticales.
-
La partie ouest de l’île restera
plutôt fermée en conservant les grands arbres. Ils
constituent une barrière face au vent et sont
utilisés comme dortoirs ou perchoirs par la Grande
aigrette et le Grand Cormoran.
-
La partie est de l’île sera assez
ouverte pour favoriser le développement des arbustes
(églantier, aubépine, nerpun…) et des ronces. Il est
nécessaire d'y empêcher la croissance des jeunes
merisiers et frênes pour éviter la fermeture du
milieu. Les arbustes servent de sources de
nourriture et peuvent favoriser également
l’installation d’une colonie d’Ardéidés. L’ouverture
du paysage pourra aussi faciliter les déplacements
des oiseaux comme le Balbuzard pêcheur ou la Grande
Aigrette qui possèdent de larges ailes.
-
Les arbres morts, fréquemment
recouverts de lierre, seront gardés. Ils peuvent
présenter un atout en tant que dortoir et source de
nourriture (insectes).
-
La coupe peut se faire à la base ou
en formant des quilles (1,5m). Les troncs coupés à
la base seront couchés dans l’eau, créant ainsi des
endroits de quiétude pour les poissons et de pêche
pour le Martin-pêcheur et le Harle piette. La
présence des troncs pourrait éventuellement attirer
le Grèbe huppé. Entre ces troncs, des roseaux
pourront se développer naturellement ou par
bouture/rhizome. Les quilles pourraient permettre la
nidification d’espèces cavernicoles (trou à creuser
dans les troncs) ou servir de reposoir pour les
Grands cormorans.
2 :
Installation de nichoirs
Proposition d’installer dans la partie fermée de l’île
des nichoirs pour les espèces d’Anatidés cavernicoles
telles que le Garrot à œil d’or et le Harle bièvre, en
privilégiant l’utilisation de matériaux naturels. Une
autre possibilité est de creuser des cavités de tailles
différentes dans les troncs des arbres morts et/ou des
quilles.
3 : Aire à Balbuzard
pêcheur
L’installation d’une aire à Balbuzard supplémentaire sur
le site de Virelles est préconisée. Celle-ci pourrait
être construite à partir d’un pied présent sur le côté
nord de l’île pour préserver la tranquillité du
Balbuzard pêcheur par rapport au public (la distance de
fuite de cette espèce varie entre 150 et 300 mètres). Le
fait de disposer de deux aires constituerait un
superstimulus qui pourrait encourager l’installation de
l’espèce.
4 : Aire à saule à
oreillettes
La création d’une saulaie dans la partie
nord de l’île, voire dans une autre partie de la réserve
(à proximité du Ry Nicolas, par exemple) permettrait de
recréer ce type d’habitat devenu rare en Wallonie et de
favoriser l’installation de colonies d’Ardéidés.
L’enchevêtrement des branches fournit un excellent
support et la taille de ces arbustes assure une
protection contre les vents violents.
Vision
globale des aménagements proposés

Vue du dessus

Vue de profil, côté sud
Probabilités de nidification des espèces ciblées
La nidification représenterait un
aboutissement de ce projet tout en sachant qu’elle reste
un phénomène aléatoire, dépendant de nombreux facteurs.
En outre, il faut passer par plusieurs étapes (dortoirs
ou sites de nourrissage) pour finalement obtenir à long
terme une nidification. Si on constate une présence
accrue de certaines de ces espèces sur le site de
Virelles, nous pourrons déjà considérer cela comme un
succès. Notre premier but est donc de favoriser
l’observation de certaines espèces à Virelles.
1: Héron cendré
Critères
d'exigence
-
Distance de fuite : celle-ci est
difficile à estimer. Sa présence dépend du niveau de
sécurité (surtout par rapport aux prédateurs). La
perturbation est plus visuelle que sonore. Le Héron
semble relativement bien supporter la présence
humaine (une centaine de mètres). Se perche
communément dans de grands arbres le long des
étangs.
-
Il fréquente tous les milieux
humides et peu profonds.
-
Niche en grandes colonies avec
de nombreux nids sur un seul arbre, dans les bois
proches de l'eau.
-
Sociabilité : à Harchies, il niche
en compagnie principalement des Grands Cormorans. Le
Héron cendré préfère les saules marsault marécageux
ou d’autres arbustes bas, pour laisser les grands
arbres aux cormorans.
Probabilités de
nidification à Virelles
Son aire de répartition s’étend sur toute l’Europe
excepté la Scandinavie. En Belgique, c’est une espèce
commune. La Wallonie compte entre 15 et 20 colonies et
plusieurs sont présentes dans la région (Barrages de
l’Eau d’Heure, alentours de Roly et de Virelles). Il est
observé fréquemment sur le site. L’implantation d’une
héronnière est dans le domaine du possible (en vue
de son abondance) mais peut être critiquée par les
pêcheurs des étangs avoisinants. Le Héron cendré est une
espèce commune qui attire les espèces plus rares et plus
sensibles d’Ardéidés. Sa présence est synonyme de
sécurité. Les aménagements, notamment la création d’une
strate arbustive (Saules à oreillettes), devraient lui
être favorables.
2: Grande Aigrette
Critères
d’exigence
-
Comme pour beaucoup d’Ardéidés, la
condition de son maintien sur un site de
nidification est la tranquillité du lieu.
-
Niche dans les roselières ou dans
les arbres (+/- 6 à 12m de hauteur) au bord des lacs
et des grands étangs. Elle fréquente également les
prairies humides et les rizières.
-
Niche en colonies, en compagnie
d'autres hérons
-
Chaque mâle établit un territoire
autour du site du nid, et commence à construire un
nid
Probabilités de
nidification à Virelles
Depuis quelques années, elle hiverne en France et elle y
niche depuis 1994 (lac de Grand lieu en Loire
Atlantique, Brenne dans la région centre). En Belgique,
c’est une espèce migratrice hivernante, présente surtout
en Moyenne-Belgique. A Virelles, la Grande Aigrette se
pose sur les grands arbres (côté ouest) de l’île pour y
passer la nuit (dortoir) mais aussi à l'entrée du Ry
Nicolas. Son implantation est dans le domaine du
possible. La présence de grands arbres (sécurité),
de petits arbres et d’arbustes (partagés avec le Grand
Cormoran) et d’une saulaie devrait profiter à la fois à
la Grande Aigrette et au Héron cendré.
3:
Aigrette garzette
Critères
d'exigence
-
Distance de fuite : entre 50 et 80
mètres.
-
Pêche en compagnie d'autres
Ardéidés.
-
Niche en colonie.
-
Niche dans les roselières, zones
broussailleuses humides ou arbres près de l'eau
(hauteur de 4 à 20 m).
-
Eaux peu profondes autour des lacs,
près des rivières, des fleuves et dans les
estuaires.
Probabilités de
nidification à Virelles
Son aire de répartition s’étend des zones tempérées
d'Europe, d’Asie, d’Afrique, d’Australie et d’Amérique
du Nord.
En Belgique, c’est un migrateur irrégulier. L’Aigrette
garzette est présente sur le complexe
Harchies-Hensies-Pommeroeul. De plus, la présence
d’autres Ardéidés, notamment de héronnières, favorise
son implantation et sa nidification sur un site.
D’ailleurs, l’espèce a été observée au sein d’une
héronnière sur un îlot boisé (merisiers, aulnes, saules)
à Couvin.
Le territoire de nidification de l'espèce augmente petit
à petit en fonction de la démographie et du climat. Son
installation s’effectue par étapes :
1° : Colonies présentes au printemps
mais continuant à migrer.
2° : Les colonies persistent en hiver et ce, pendant
plusieurs années. Il n’y a plus de migration.
3° : Installation des jeunes (non matures
sexuellement) toute l’année. Ceci est favorisé,
entres autres, par nos hivers doux. Ces jeunes
proviennent de colonies revenant du Sud.…
4° : Enfin, les individus se reproduisent sur le
site.
L’espèce niche à Harchies mais est peu,
voire pas, observée à Virelles, même si sa présence, ces
dernières années, est de plus en plus marquée. Il faudra
probablement attendre quelques années avant d’observer
sa nidification à Virelles.
4:
Grand cormoran
Critères d’exigences
-
Vit sur les côtes rocheuses ou
sablonneuses, dans les estuaires, près des lacs et
des grands cours d'eau.
-
Niche sur les falaises, les îles
rocheuses et les arbres.
-
Se nourrit dans les eaux abritées.
Probabilités de
nidification à Virelles
Il s’agit d’un nicheur répandu en Europe. En Belgique,
cette espèce est bien présente (6-8 colonies) et se
reproduit partout selon les ressources alimentaires des
lieux.
A présent, avec les efforts de conservation, les
effectifs augmentent et le statut de l’espèce se
stabilise. Le Grand Cormoran est souvent considéré comme
un concurrent par les pêcheurs. A Virelles, il utilise
les grands arbres de l’îlot comme dortoir. Sa
nidification y est possible. Ils partageront petits
arbres et arbustes avec les Ardéidés.
5: Harle bièvre
Critères
d'exigence
-
Grégaire sauf en nidification.
-
Lacs oligotrophes, eaux assez peu
profondes, claires et poissonneuses.
-
Rarement dans les roseaux.
-
Aime les grèves de galets.
-
Niche dans des trous d'arbres
(peuplier, hêtre, tilleul, aulne, saule).
-
Préférence pour les arbres d'une
hauteur de 2,5 à 18 m.
-
Niche volontiers dans de grands
nichoirs (c'est ainsi que la population suisse
progresse régulièrement).
Probabilités de
nidification à Virelles
Son aire de répartition s’étend sur tout le nord de
l’Europe. Malgré la suppression de la chasse, le Harle
bièvre reste menacé, notamment par le manque d’arbres creux.
En Belgique, c’est un migrateur hivernal dans toutes les
régions, surtout en Moyenne-Belgique. Les premiers
oiseaux (femelles) arrivent dès novembre jusqu'en
janvier (très local à l’Est de la Meuse). Des sites de
nidification sont implantés en France depuis la pose de
nichoirs et l’espèce s’est reproduite récemment à Givet.
Le site de Virelles, un des meilleurs pour son
hivernage, apparaît donc intéressant pour tenter la pose
de nichoirs.
6: Garrot à oeil d'or
Critères
d'exigence
-
Se mêle rarement aux autres oiseaux.
-
Fréquente les eaux des fuligules.
-
Lac d'une certaine étendue.
-
Niche dans arbres creux, cavité
entre 2,5 et 5 m de hauteur (hêtres, trembles,
chênes, conifères, etc…).
-
Végétation arbustive.
-
Niche volontiers dans des nichoirs.
Probabilités de
nidification à Virelles
Son aire de répartition s’étend sur les forêts nordiques
(boréales) et septentrionales d'Europe et d'Asie. Nous
le trouvons également dans les étendues d'eau du massif
alpin, en Suisse (une nidification observée) et en
France et le long du Rhône jusqu'en Camargue.
En Belgique, c’est un migrateur hivernant, assez commun
sur les côtes. Il est plus abondant par temps froid et
se montre alors çà et là sur les eaux intérieures
(Wallonie, mâles en Flandre et à Bruxelles). Virelles
constitue un site important d'hivernage pour cette
espèce, ce qui rend le lieu intéressant pour tenter sa
nidification même s’il n’y a aucun cas de nidification
sous nos latitudes et qu’elle est peu probable malgré la
pose de nichoirs.
7: Balbuzard pêcheur
Critères
d'exigence
-
Distance de fuite : entre 150 et 350
mètres.
-
La présence de l’homme peut empêcher
la nidification.
-
Dérangement par les espèces voleuses
de poissons (Corneilles noires).
-
Arbre dominant un milieu ouvert
(clairière).
-
Préférence pour le Pinus sp. avec
cime cassée ou autre conifères.
Probabilités de
nidification à Virelles
Le Balbuzard pêcheur est une espèce cosmopolite (il est
absent uniquement du continent Antarctique).
Malheureusement, il ne niche plus chez nous depuis 1900
mais est revenu en forêt d’Orléans suite à la pose
d’aires.
En fin d’été, il est régulièrement observé à Virelles
(jusqu’à 9 individus en même temps). Comme la plupart
des rapaces, la population de Balbuzard semble commencer
une récupération de ses effectifs passés (notamment en
France), d’où l’idée de tenter une nidification de
l’espèce à Virelles, d’autant plus qu’une plateforme est
déjà présente. Le projet prévoit la pose d’une deuxième
aire et la conservation de hauts arbres et d’arbres
morts comme perchoirs pour le mâle. La nidification
de cette espèce reste très aléatoire et pourrait prendre
une dizaine d’années.
Tourisme
L’aménagement de l’îlot doit se faire en accord avec le
projet de l’Aquascope. Il s'agit de garder l'affectation
touristique du site mais de réduire son impact sur le
milieu et de la mettre au profit de la sensibilisation.
Le versant est, plus ouvert, permettra une meilleure
visibilité des espèces présentes sur l’îlot, tandis que
sur le versant de l’étang, en vis-à-vis, il serait
intéressant d’installer un « observatoire camouflé »,
comme on peut en observer un peu plus loin sur l’étang,
ainsi qu’aux marais d’Harchies. Ce type d’installation
représente un bon compromis entre notre besoin
d’observer et la nécessité de laisser les oiseaux
tranquilles. Une simple palissade de bois présentant des
ouvertures pourrait convenir.
La visite de l’île doit être limitée voire interdite en
fonction de la période de reproduction, en vue de
préserver la tranquillité des oiseaux. Il faut donc
éviter le dérangement en réglementant les activités de
loisirs sur le plan d’eau.
L’aménagement de l’îlot, notamment la construction/pose
de nichoirs, pourrait permettre de sensibiliser le
public et de lui faire prendre part activement à la
sauvegarde d’espèces menacées. De même, Il serait
intéressant de placer des panneaux didactiques, visant à
expliquer le projet et son intérêt sur la berge en
vis-à-vis .
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