Le Castor sorti du Canal à Bruxelles
a été relâché à l’étang de Virelles !
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6 avril 2010
Fin mars, la Ligue Royale Belge pour la Protection des Oiseaux (LRBPO)
annonçait la récupération d’un Castor dans le Port de plaisance de
Bruxelles. Cet individu, manifestement égaré, a été capturé afin de le
déplacer vers un site d’accueil plus propice à l’animal.
Après concertation avec les responsables de l’Aquascope, il a été décidé
de relâcher cet animal sur les berges de l’étang de Virelles car il
satisfait parfaitement aux exigences biologiques de l’espèce. Qualité de
l’eau, quiétude et nourriture abondante lui seront en effet garanties à
vie dans ce site. Plus important encore, sa sécurité sera assurée car
l’étang est entièrement classé en Réserve Naturelle Agréée, c'est-à-dire
qu’il bénéficie du plus haut statut de protection dans notre région. Ces
atouts ont été validés par plusieurs experts de l’espèce, qui estiment
que deux familles pourraient occuper les berges de l’étang tant sa
superficie est grande (80 hectares).
Situé en tête de bassin de l’Eau Blanche, l’étang de Virelles n’a jamais
accueilli de population stable de Castor sur ses berges. Tout au plus un
individu, ou plutôt ses traces, est observé par les responsables de la
réserve. C’est dire si l’accueil d’un deuxième exemplaire est porteur
d’espoir. Cette espèce est en effet considérée comme un auxiliaire très
précieux pour la gestion des milieux humides.
Un test ADN a confirmé que le Castor bruxellois était bien d’origine
européenne et non américaine, condition sine qua non pour qu’il
puisse être relâché en Wallonie. Après 5 jours de soins au Centre de
Revalidation de Bruxelles-Capitale et deux jours dans celui de Virelles,
le Castor a été rendu à la liberté le 6 avril en présence de Hugues
Fanal, Directeur de la LRBPO, de plusieurs responsables de
Virelles-Nature et des visiteurs de l’Aquascope.
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Pour tout savoir sur
Castor fiber,
le Castor d’Europe…
Tout à fait fascinant…
A
la vue de mes longues et robustes incisives, qui ne
cessent jamais de pousser, vous ne pourrez douter que je
fasse partie des rongeurs. Parmi ceux-ci, je fais figure
de colosse, avec une taille de 1m à 1m30 pour un poids
de 20 à 25 Kg. N’essayez pas de distinguer mâle et
femelle chez les individus de mon espèce : les organes
sexuels étant internes, seule une radiographie permet
d’y arriver ! Si la femelle est prête à mettre bas et à
allaiter, la distinction devient alors nettement plus
facile, bien sûr !
Je suis parfaitement adapté à la vie en milieu
aquatique. Admirez mes pattes arrière palmées, presque
aussi grandes qu’une de vos mains, et ma longue fourrure
dense et imperméable ! Ma queue aplatie mesure à elle
seule de 30 à 40 cm. Je m’en sers aussi bien comme
gouvernail en surface que pour la propulsion en plongée.
Mon profil fuselé me permet de glisser dans l’eau et
rien n’a été oublié : mes oreilles sont dirigées vers
l’arrière et mes narines se ferment hermétiquement.
Enfin, je suis le roi de la plongée en apnée ! Imaginez
: je peux rester sous l’eau jusqu’à 15 minutes !!! Mon
sang est adapté au stockage efficace de l’oxygène et mon
rythme cardiaque peut passer de 140 à 10 pulsations par
minute. En plongée, l’alimentation sanguine privilégie
mon cerveau et mes organes vitaux. Prodigieux !
Où
me trouver ?
J’affectionne tout particulièrement les rivières, au
cours lent, suffisamment profondes pour une nage aisée.
50 à 60 cm de profondeur me sont nécessaires. Je
colonise en premier lieu les grandes rivières et les
fleuves, où ma présence reste assez discrète en
l’absence de constructions. Puis lors du développement
de ma population, je m’installe sur les petits
affluents, qui peuvent être aménagés. Je préfère les
berges hautes et boisées, propices aux terriers, qui
alternent avec des plages, donnant accès à des
pépinières naturelles de saules et de peupliers.
J’habite aussi lacs et étangs. Je supporte la présence
humaine, si elle ne gêne pas mon installation, et la
pollution organique de l’eau. Très agile dans l’eau, je
suis par contre très lourd et maladroit sur la terre
ferme, donc je m’éloigne peu des berges.
Des constructions…
Par
rapport à mon cousin américain, j’ai moins l’esprit de
bâtisseur. Construire et entretenir sans cesse un
barrage, ce n’est pas rien ! J’entame des grands travaux
uniquement si la configuration des lieux l’exige, pour
maintenir une certaine hauteur d’eau…de préférence quand
la largeur de la rivière permet de le faire sans trop
d’efforts. Mes barrages peuvent tout de même atteindre
deux mètres de hauteur et 50 mètres de largeur !
Certaines familles entretiennent continuellement jusqu’à
40 barrages. Ces ouvrages sont formés d’un entremêlement
de branches, orientées grosso modo dans le sens du
courant, et de terre. Argile, vase, feuilles, herbes et
cailloux peuvent aussi servir au colmatage. En inondant
ainsi des zones importantes, je protège l’entrée de mon
terrier mais je facilite également mon accès à des
arbres plus lointains des berges. Je creuse aussi des
canaux peu profonds sur les côtés du cours d’eau pour
acheminer plus facilement les branches rongées.
Je vis dans un gîte, souvent un simple terrier, creusé
dans une berge haute et meuble, et dont l’entrée est
située sous le niveau de l’eau. Ma maison comprend au
moins une chambre et une cheminée d’aération. Sa litière
est constituée de lanières de bois fabriquées sur place.
En cas de baisse du niveau de l’eau, j’en camoufle
l’entrée avec des branches, formant ainsi un «
terrier-hutte ». Si la berge est trop plate, je suis
contraint aux grands travaux, avec la construction d’une
« hutte de berge » : un amoncellement de bois (colmaté
et isolé du froid par de la boue, des feuilles, de
l’herbe, de la vase…) à moitié dans l’eau et sur la
terre ferme. Il m’arrive de construire une hutte
totalement entourée d’eau. En hiver, je n’hiberne pas
mais je passe une bonne partie de mes journées dans mon
logis.
Ma vie de famille… et
mon territoire
Je
vis seul ou en famille et m’active surtout au
crépuscule… sauf en période de nourrissage de mes
jeunes. Mon espérance moyenne de vie est estimée à 7 ou
8 ans.
Nous formons un couple dont les parents sont fidèles à
vie. A nos côtés, la petite tribu comprend 2 ou 3 jeunes
de l’année et 1 ou 2 jeunes de l’année précédente. Ils
endossent le rôle de baby-sitter mais doivent ensuite
s’exiler et rechercher un territoire. Mon taux de
reproduction est faible avec une seule portée par an.
Une famille sillonne de 1 à 3 ou 4 Km de rivière mais en
exploite seulement une faible proportion. Le mâle de mon
espèce est très territorial et protège jalousement son
territoire en le marquant d’une substance odorante (le
castoréum) produite par deux glandes situées à la base
de la queue.
Dans ma colonisation des espaces, il m’est difficile de
franchir des villes d’importance moyenne et des barrages
en pentes raides ; remonté à la source d’un cours d’eau,
je ne peux franchir la ligne de crête pour m’implanter
dans le bassin versant adjacent.
A
mon menu…
Je suis herbivore, ce n’est pas une surprise... En
bordure de rivière, je prélève feuilles, rameaux et
écorces d’arbustes (en particulier de saules, +/ 700g
par jour). En hiver, faute de végétation, je me rabats
exclusivement sur les écorces de bois tendre ; le bois
peut être stocké dans des garde-manger au fond de l’eau.
Mon activité d’abattage est limitée à une faible portion
du territoire située à moins de 20-30 mètres des berges.
Gestionnaire… pour des
grands travaux utiles !
Ma présence a un impact intéressant sur la biodiversité.
Le long des rives, je coupe des grands arbres et
maintiens des arbustes à un stade buissonnant : la
meilleure fixation des berges freine l’érosion et les
racines peuvent participer à l’épuration des effluents
d’origine agricole par absorption. Les cours d’eau remis
en lumière permettent un meilleur développement du
plancton, base de la chaîne alimentaire. Lors de la
construction de barrages, la
montée
du niveau de l’eau dans des prairies marécageuses assure
le développement de plantes remarquables ; ces zones
peuvent également jouer le rôle de station d’épuration
par lagunage. En amont du barrage, les zones d’eaux
calmes sont favorables aux libellules et aux batraciens
et donc à leurs prédateurs, hérons cendrés, grandes
aigrettes et cigognes noires. En aval, de petites
cascades oxygènent les cours d’eau, tout bénéfice pour
les poissons. Pas mal, hein ?
Un peu d’histoire…
Au Moyen Age, je suis présent partout en Europe, sauf en
Irlande, en Italie et dans les Balkans. Mes populations
régressent dès le 11ème siècle en raison d’une forte
pression de chasse et de piégeage. Ma chair était
abondamment consommée et assimilée au poisson, pouvant
donc être consommée le vendredi et pendant le carême.
J’étais également recherché pour ma fourrure et les
propriétés médicinales du castoréum riche en acide
acétylsalicylique, composant de l’aspirine. Le « bièvre
» a ainsi laissé son nom à de nombreux villages et cours
d’eau.
En
Belgique, je disparais entre 1890 et 1900. Au début du
siècle, quelques populations relictuelles survivent sur
le Rhône et l’Elbe, en Allemagne, notamment. La
protection de mon espèce permet une recolonisation du
Rhône jusqu’à Lyon dans les années 60 mais ma reconquête
est stoppée par cette agglomération infranchissable.
Divers programmes de réintroduction voient le jour à
partir des années 50 en Europe vu le peu de mobilité de
mon espèce (Rhône, Loire, Jonte, Tarn, Rhin, Moselle
mais aussi en Suisse, Allemagne, Pays-Bas, Pays de
l’Est, Scandinavie…).
En Belgique, je figure sur la liste des espèces
protégées depuis 1983 et j’effectue mon premier retour
via l’Eifel en 1991. Des lâchers successifs ont ensuite
lieu entre l’automne 1998 et le printemps 2000…
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