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Plumes naturalistes ... Les archives
de l'été 2008
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A l’ heure où les herbes
ruissèlent encore de rosée ...
Dimanche 31 août. Envie
d’aller tôt à Virelles, de goûter au calme du site à l’ heure où
les herbes ruissèlent encore de rosée. Sur l’île, les colverts
profitent du soleil naissant pour faire leur toilette sous l’œil
de trois Hérons cendrés et de quelques guignettes et
Bergeronnettes grises. Pas une souffle de vent sur l’étang. Sur
ce miroir d’eau déambulent Cygnes, Canards, Grèbes et Grands
cormorans. L’effarvatte se met à chanter. Un grand limicole
pousse un cri et le Martin-pêcheur passe juste devant moi. Je ne
regrette pas d’être venue …
Treize
Hérons cendrés survolent l’étang en déchirant le ciel de leurs
cris rauques. Jeudi dernier, à la même heure, j’avais déjà
assisté à la spectaculaire envolée d’une quinzaine d’individus
accompagnés par une Aigrette garzette. Ils se posent sur les
berges dégarnies par la baisse du niveau d’eau. Deux d’entre
eux, qui préfèrent voir la vie d’en haut, choisissent le toit du
mirador. Nouveau passage du Martin-pêcheur, petit poisson dans
le bec, cette fois. Une Aigrette garzette, bec sombre et pattes
noires aux longs doigts jaunes, vient de se poser un peu plus
loin sur la berge. Je ne tarderai sans doute pas à la retrouver
au cours de ma promenade. Une deuxième choisit l’extrémité de
l’îlot pour faire sa toilette … Et encore une apparition du
Martin-pêcheur sous les encouragements répétitifs de la Sittelle
torchepot et du Pouillot véloce. Je me régale … Les premiers
moustiques, eux aussi, sont déjà de sortie …
La rive nord est maintenant jalonnée de silhouettes au long cou
qui progressent lentement au pied des roseaux. Sur une distance
de quatre cents mètres, je compte ainsi huit Grandes Aigrettes
et cinquante-huit Hérons cendrés. Sept autres trônent au sommet
des grands arbres de la roselière. Ça fait bien longtemps que je
n’en ai pas vu autant ! Et les garzettes sont en fait au nombre
de trois, perchées dans les saules de la presqu’île surnommée «
le bout du monde ».
La chaleur du soleil réveille les insectes. La menthe aquatique
se couvre d’abeilles et de bourdons alors que le frottement des
ailes des libellules se fait entendre dans les roseaux. Deux
Bergeronnettes viennent de prendre possession d’un caillou à
cinq-six mètres de moi. Queue démesurément longue et
sous-caudales jaunes, ce sont bien des Bergeronnettes des
ruisseaux.
A
partir de 9 heures, les Hirondelles rustiques et de fenêtre
égaient les lieux de leurs ballets aériens. Quelques vols de
Canards me signalent l’apparition d’un canoë à l’est de l’étang.
Un escadron de vingt-cinq Grands Cormorans vient de se poser non
loin de moi et redécolle bruyamment en apercevant ma présence.
Je les retrouve assez vite en train de pêcher devant le mirador
…
Au pied des roseaux, quelques castagneux et Sarcelles d’hiver …
Après la facilité, il faut maintenant chercher … J’espère un
Râle d’eau, l’un ou l’autre Chevalier et pourquoi pas un
Balbuzard pêcheur. Ça démarre bien avec deux Bécassines des
marais se toilettant dans l’intimité des touffes de roseaux. Et
je me laisse déjà distraire par l’arrivée d’une trentaine de
Vanneaux huppés qui rejoignent l’île. L’après-midi, j’entends
régulièrement leurs cris depuis l’Aquascope.
Je croise Emmanuelle, dont l’expo se termine ce soir. Elle se
promène … avec sa tapette à mouche. Un anti-moustique tout ce
qu’il y a de plus naturel !!! Nous avons le plaisir de nous
retrouver, de poser ensemble pour quelques photos et de pépier
comme nous savons si bien le faire. Depuis l’observatoire, André
essaie en vain de nous signaler un Balbuzard en train de pêcher
à l’est de l’étang. Et bien tant pis pour le Balbu !!!
L’île accueille un nouveau vol de Vanneaux. Rien de tel que les
oiseaux qui claironnent leur arrivée ! Je continue à exercer mon
œil sur les Canards pour qui cette période est un peu ingrate.
Un couple de chipeaux se prête au jeu. Miroir blanc, bec sombre
chez le mâle, plus fin que chez le colvert, et profil de la tête
tout à fait caractéristique avec un front très abrupt. Le long
de la grande roselière, je repère également quelques groupes de
morillons, de souchets et des Sarcelles d’hiver. Pas de
chevaliers ni de râles … De toutes façons, une belle matinée à
renforcer les liens avec ce site extraordinaire, qui est aussi
mon lieu de travail …
Anne
Plumes
naturalistes...

Levée de rideau …
Samedi 20 septembre.
Température proche de zéro et soleil naissant dans le
brouillard. Sur les toitures, les sansonnets font déjà les fous
et je réentends pour la première fois le chant du Rougequeue
noir qui froisse ses vieux papiers. Une Hirondelle rustique est
posée seule sur un fil électrique. D’habitude, je suis levée
bien avant eux …
Départ vers Virelles, qui accueille du beau monde en ce moment !
En semaine, les ornithos sont frustrés d’être coincés au boulot,
avec l’intime conviction de passer à côté de plein de choses.
Ces derniers jours, c’est le festival des dévoreurs de poisson :
Balbuzards, Hérons cendrés, Grandes Aigrettes et garzettes,
Grands Cormorans et même le plus petit de la bande, le Roi
pêcheur. Mercredi, je pouvais observer, depuis mon bureau, les
Balbuzards en quête de leur petit déjeuner. Ce jour-là, sur
l’île, un Bécasseau minute, jolies bretelles sur le dos,
frétillait de ses petites pattes noires. Première observation
sur le site depuis 2004 ! Jeudi, Bernard a observé jusqu’à neuf
Balbus. Un record !
Ce matin, un groupe de Vanneaux huppés occupe un champ à
proximité de Virelles. Je tente le coup après avoir hésité de
m’arrêter … et j’ai bien fait ! Les oiseaux se réchauffent aux
premières lueurs du soleil, émettent quelques cris discrets et
débutent leur toilette. Parmi eux, un seul s’active vraiment …
et ce n’est pas un Vanneau. Je pense tout d’abord à un Bécasseau
… J’appelle Sébastien pour voir s’il est dans les parages.
Depuis une demi heure, il patiente en vain au mirador, espérant
la levée du brouillard. Il va donc me rejoindre.
J’observe longuement l’oiseau. Les plumes brunes du manteau
présentent un joli liseré clair, couleur crème. Pas de bretelles
sur le dos et dessous des ailes clair. Bec noir, assez fin,
présentant une très légère courbure, de longueur assez égale à
la largeur de la tête. Sa calotte plus sombre et finement striée
délimite au-dessus de l’œil un sourcil clair, l’œil étant
prolongé par un vague trait sourcilier à peine plus sombre. Le
cou et la poitrine chamois font place à une couleur crème sur le
ventre et le bas-ventre. Pattes hautes, gris brunâtre. Bout des
ailes atteignant la queue et rémiges tertiaires épaisses. Un SMS
à Sébastien : un Combattant varié juvénile, je pense … Et à son
arrivée, Sébastien confirme. Parmi les oiseaux, un lièvre s’est
couché. Il est temps de rejoindre l’étang …
Virelles, 10h. Le rideau de brouillard vient de se lever, le
spectacle va pouvoir commencer ! L’île accueille déjà quelques
Vanneaux huppés et deux Canards siffleurs. Une Bécassine des
marais se toilette avant de disparaître dans la végétation. Un
guignette quitte les lieux en poussant de petits cris. Une
trentaine de Grandes Aigrettes décollent du pied du mirador pour
se répartir tout le long de la rive nord. Parmi elle, trois
garzettes, bec noir et doigts jaunes, plus petites et aux
battements d’ailes plus rapides. Des Hérons cendrés et des
Grands Cormorans à foison. Les Balbus sont aussi de sortie. Le
décor est planté !
Un vol claironnant de Bernaches du Canada arrive par l’ouest,
elles sont au moins une quarantaine mais je les délaisse car je
viens d’entendre le cri du Martin-pêcheur. Il se pose sur un
roseau mort à cinq - six mètres de mois. Bec entièrement sombre,
c’est un mâle. La femelle aurait du rouge aux lèvres, bien sûr …
Trois fois, j’assiste à son plongeon éclaboussant et il se
repose au même endroit. En vol stationnaire à trois – quatre
mètres au-dessus de l’eau, il se métamorphose soudain en un joli
colibri avant de s’éloigner. Moment béni des Dieux. Ceux de Mère
Nature, évidemment …
En fin de matinée, les premiers vols de Vanneaux rejoignent
l’île pour une baignade fraîche. Ils sont nettement plus bavards
qu’au petit matin. Je retrouve le groupe de Bernaches qui
suivent la roselière nord en une longue procession. Elles sont
en fait septante-cinq. Puis les arrivées de Vanneaux
s’enchaînent et je cherche parmi ceux-ci la présence éventuelle
d’un intrus. Rien vu …
Mais, si, à la pointe de l’île, un Combattant varié vient de se
poser et s’active pieds dans l’eau. De temps en temps, il se
fait houspiller par les Vanneaux. Tout le groupe décolle mais le
Combattant réapparaît au même endroit. La lumière est superbe et
il est beaucoup plus proche que ce matin. Belle obs ! A nouveau,
je suis surprise par la différence de corpulence par rapport aux
Vanneaux alors que le guide ornitho évoque des tailles assez
similaires. Mais il précise tout de même que les groupes
automnaux de Combattants présentent de grandes variations de
taille et de plumage.
Quelques Hirondelles rustiques en migration survolent l’étang.
Je recherche sur les vasières au pied de la roselière Râles et
Marouettes mais ne trouve que quatre Poules d’eau. Arrêt pour la
pause sandwich …
En début d’après-midi, le vent de nord-est s’est levé et les
berges sont animées par le clapotis de l’eau. Partout au bout de
l’étang, on aperçoit les silhouettes de grands échassiers gris
ou blancs, en vol, perchés ou pieds dans l’eau. Quelques Grèbes
huppés et castagneux et un grand groupe de Fuligules milouins et
morillons. Les Canards souchets tournoient déjà en carrousel. A
côté des traditionnels colverts, chipeaux et sarcelles d’hiver,
un jeune Canard mandarin apporte une note d’exotisme. Je scrute
les berges mais ne trouve que deux Chevaliers guignettes,
quelques Bergeronnettes grises et une Bergeronnette des
ruisseaux. Ici aussi, le Martin-pêcheur crie sans cesse au pied
de l’affût … Depuis ce matin, les apparitions du Balbuzard
pêcheur ont été nombreuses. En vol, en pêche, ou posés sur des
piquets, ils sont partout ! Inutile de chercher !
Encore une petite heure d’observation. Y a-t-il de nouveaux
venus sur l’île ? Deux Combattants variés y cheminent côte à
côte et la différence de gabarit entre les deux individus est
effectivement remarquable. Pattes nettement plus jaunes chez
l’un d’eux également. Un peu plus loin, un troisième oiseau
picore dans l’eau. Pas mal ! A ses côtés, un Etourneau sansonnet
joliment moucheté et une Bécassine des Marais. Puis, tout le
petit peuple de l’île se soulève de concert dans une même
envolée … Rideau !
Anne
Plumes
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