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Plumes naturalistes ... Les archives
de l'automne 2008
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Une infinie douceur…
Virelles, samedi 11 octobre.
L’automne hésite ces derniers jours entre déluge et infinie
douceur. Aujourd’hui, le soleil, qui nous a été promis, a bien
du mal à percer et effacer le brouillard. Quelques timides
rayons illuminent brièvement l’étang en début d’après-midi…
Un hôte de marque est de sortie… Un hôte qui se laisse très peu
observer à Virelles depuis quelques années… Le Butor étoilé !
Philippe l’a repéré ce matin et avant notre réunion, nous
profitons tous de cette observation « trois étoiles ». Un peu
frustrant de le quitter…
Deux
heures et demi plus tard, nous le retrouvons au même endroit,
perché à un mètre au-dessus de l’eau. Sous son poids, les tiges
se courbent et tout comme dans la fable, le roseau plie… mais ne
rompt pas. A ses pieds se prosterne un petit peuple composé de
Canards souchets, Fuligules milouins et Grèbes castagneux.
L’oiseau effectue délicatement sa toilette et j’en profite pour
admirer sa calotte et sa moustache sombres ainsi que son plumage
écailleux. A la manière d’un serpent sous le charme d’un joueur
de flûte, il se redresse et étend lentement le cou en ondulant.
Puis il se retire et disparaît dans l’enchevêtrement de roseaux…
C’est l’unique représentant de la famille des Hérons sur le site
à l’exception d’un Héron cendré qui survole l’étang. Quel
contraste par rapport à il y a trois semaines ! Les mangeurs de
poisson se sont regroupés aux abords de l’île : une cinquantaine
de Grands Cormorans s’y reposent dans les arbres alors qu’un
groupe de quatorze Grèbes huppés fait la sieste au gré de l’eau.
Le Seigneur des Marais vient de regagner sa touffe de roseaux
favorite pour un repos prolongé, bec dans les plumes. Un drôle
d’oiseau vu de dos, sans cou ni tête, parfaitement mimétique à
l’exception d’un mince croissant blanc créé par le soulèvement
de ses plumes au niveau des épaules. J’entends les cris de trois
Bécassines des marais que je n’ai pas vu décoller. Elles
viennent sans doute de quitter l’îlot où elles étaient bien
cachées dans la végétation. Lapin Blanc, le gestionnaire des
lieux, les aurait-il dérangées au cours de sa promenade ???
Lundi. Aujourd’hui, je vais
m’offrir le plaisir de quelques heures d’école buissonnière et
j’attends avec impatience la levée du brouillard. Le soleil est
timide et le ciel se moutonne. Mais la douceur est de mise et
pas un souffle pour perturber le miroir d’eau. Les arbres du
parc se dénudent peu à peu et je suis accueillie par une légère
pluie de feuilles de tilleul sous le chant du Rougegorge. Depuis
la forêt de Fagne, j’entends les cris grinçants des Geais de
chênes…
Sur l’îlot, en fin de matinée, l’heure est à la sieste chez les
colverts. Contrairement à leurs cousins souchets, les mâles ont
déjà retrouvé toute leur splendeur. Il y a deux jours, j’ai pu
les observer parader et s’accoupler. Une vive querelle entre
deux Cygnes tuberculés les réveille et tout ce petit monde se
met à l’eau.
A
l’autre extrémité de l’île, loin de cette agitation, une
Bécassine des marais prolonge le repos, bec enfoui dans les
plumes. J’aperçois toutefois ses clignements de paupière et de
temps en temps un léger mouvement de la tête, preuves qu’elle
est bien attentive à tout ce qui l’entoure. J’en découvre une
autre, qui fait sa toilette, bien camouflée dans la végétation.
C’est le mouvement de son interminable bec et le doré de ses
bretelles qui ont trahi sa présence. Elle agite nerveusement le
croupion et y passe régulièrement le bec, puis, immobile, elle
se confond à nouveau avec le feuillage.
La première entame, elle aussi, une minutieuse toilette, lissant
ses plumes par de délicats mordillements du bec. Elle étale
largement sa queue rousse barrée de sombre. En fait, elles sont
au moins six …
Arrivée claironnante et atterrissage éclaboussant d’un groupe
d’une cinquantaine de Bernaches du Canada… J’aperçois au loin
au-dessus de la roselière un vol d’une vingtaine d’oiseaux qui
effectuent de curieux et brusques décrochés vers la gauche puis
vers la droite. A mon grand étonnement, ce sont aussi des
Bernaches. Accueillies par les cris du premier groupe, elles
hésitent un instant puis font une large boucle pour se poser.
Ensuite, les débats ont l’air assez agités, animés de
klaxonnements et de mouvements de la tête et du cou de haut en
bas. Puis c’est le retour au calme… jusqu’à la prochaine
discussion !
Tout en observant, j’écoute attentivement les rondes de mésanges
et les cris de la Sittelle, du Troglodyte, du Pic épeiche, du
Pic vert et du Roitelet huppé. Comme le Rougegorge, le
Grimpereau des jardins s’essaie à nouveau au chant. Mais cela
semble si maladroit que je pense qu’il s’agit peut-être de
jeunes oiseaux qui s’entraînent aux vocalises. Dans le ciel, les
passages d’Alouettes des champs et leurs cris roulés sont très
réguliers. J’y entends également des Tarins des aulnes, des
Choucas des tours et peut-être un Pinson du nord. C’est comme
cela aussi que je repère le Martin-pêcheur : deux ou trois cris
me signalent sa présence avant que je ne le voie passer comme
une flèche devant le mirador. Il faut à tout instant être à
l’écoute…
Nouveau passage à hauteur de l’îlot et il me faut choisir entre
la Bécassine des marais qui se dore au soleil et … le Pipit
spioncelle qui arpente les berges caillouteuses. Il me semblait
bien l’avoir aperçu ce matin mais sur la rive opposée et parmi
le feuillage, je l’avais perdu. Je l’avais aussi cherché sans
succès sur les îlots dénudés près du mirador. Le voici bien à
découvert ! Tête et manteau brun terne très légèrement strié,
sourcil et gorge crème, bec fin à mandibule inférieure orangée,
poitrine crème aux stries brunes assez diffuses et pattes
sombres… Il progresse en picorant au ras de l’eau et me laisse
tout le loisir de l’observer. Et il ne manque pas de croiser…
une Bécassine des marais… avant de disparaître…
Petit
tour à l’est de l’étang où les Bernaches ont repris leurs
bruyants conciliabules. Une Grande Aigrette pour un Héron cendré
; égalité, un point partout ! Dans un premier temps, à l’œil nu,
pas grand-chose, il me semble… En fait, au bout du plan d’eau,
ça grouille de canards plongeurs, milouins et morillons. Avec
aussi quelques colverts et souchets. Manquant de patience, je
les parcours sans trop chercher d’autres espèces parmi ceux-ci…
Puis mon cœur se serre car je viens d’apercevoir, je pense, mon
canard fétiche ! Est-ce possible à cette saison ??? Ceux qui me
connaissent bien vont en rire et ont déjà compris. Vous savez,
ce fameux canard que je recherche tout l’hiver et que je suis
parfois seule à voir… Serait-ce mon premier Garrot à œil d’or de
l’automne ? Entraperçu parmi les Fuligules avant une plongée
générale et l’envol de certains oiseaux… Hallucination ?
J’enrage… Mais je la retrouve assez vite ma femelle Bucephala.
Pas de doute ! Bec bicolore, tête chocolat, œil jaune clair et
marques blanches sur les flancs. J’étais loin d’imaginer une
telle surprise ! Cette découverte me réjouit bien plus que
l’observation éventuelle de n’importe quelle rareté du moment,
Pouillot à grand sourcil ou Pie-grièche isabelle. Allez
comprendre…
Je plonge avec enthousiasme sur mon carnet pour saisir l’instant
et je n’ai même pas pris le temps de profiter de l’observation.
Ensuite, impossible de la localiser parmi toutes ces têtes
noires et rousses qui sautillent au gré des vagues. Car le vent
s’est levé. Je cherche et cherche encore mais ils sont si
nombreux… Si elle fait la sieste ou est en pêche, peu de chances
de la revoir… Juste avant de quitter l’affût, je finis par la
repérer. Elle se toilette, s’ébroue en exhibant son ventre blanc
et s’installe bec dans les plumes, tout à fait incognito. Trois
observations, je ne l’ai pas rêvée ! J’apprendrai plus tard par
Sébastien, qu’il l’avait aperçue très furtivement samedi en vol
mais sans être tout à fait sûr vu la brièveté de l’observation.
Ni lui, ni Philippe ne l’avaient ensuite revue à l’est de
l’étang…
Le soleil a finalement eu raison des nuages. Retour vers le
bureau, ma « case départ ». Je risquerais bien d’y prendre goût…
à l’école buissonnière !
Anne
Plumes
naturalistes...

Parenthèse …
Virelles, lundi 20 octobre. La
Foire aux pommes toute proche et la compta donnent du piment à
ce début de semaine. J’apprécie encore bien ces petites montées
d’adrénaline…
Hector, le Butor, a joué à la vedette durant tout le week-end,
avec trois individus samedi et deux dimanche. Ça fait bien
longtemps qu’on n’avait plus vu cela ! La hauteur du niveau
d’eau y est pour quelque chose ! Je parcours attentivement la
roselière et croise un vol assez compact et sautillant d’une
soixantaine de petits Passereaux qui font route cap à l’ouest.
Etonnant vol au ras de l’eau pour des Fringilles… Je pense à un
groupe de Linottes mélodieuses … Vont-elles se poser ? A
proximité de la grande roselière, elles prennent de l’altitude
et disparaissent au-dessus de l’aulnaie marécageuse…
Mon arrivée au bord de l’étang provoque le vif agacement d’un
Rougegorge, qui reprend très vite son chant tout en fluidité,
perché dans un aulne. Sur l’îlot schisteux, six Bécassines des
marais s’ébrouent joyeusement dans l’eau jusqu’à ce qu’un avion
de chasse déchire soudain le ciel en provoquant l’affolement
général, y compris chez Lapin blanc. Un colvert essaie vainement
de s’envoler mais rebondit à deux reprises sur l’eau. Celui-là
doit encore avoir quelques problèmes de rémiges … Au rayon des
exotiques, dix-huit Bernaches du Canada côtoient un Cygne noir
aux plumes joliment frisottées …
J’observe attentivement les roselières nord et ouest … pas de
traces d’Hector ! Parmi les canards de surface, les souchets
sont les plus nombreux sur cette partie de l’étang. Je croise
aussi quelques colverts, Foulques macroules, Fuligules morillons
et Cygnes tuberculés. Une Grande Aigrette survole l’étang et se
pose dans un arbre de la grande roselière …
Et je continue à inspecter minutieusement les berges, à la
recherche de la moindre touffe de roseaux suspecte. Je m’arrête
quelques dizaines de fois, croyant que … Toujours la même
déception… Les roseaux me jouent de vilains tours ! Les tiges se
balancent de gauche à droite en une masse ondulant au gré du
vent. Elles s’écartent soudain et laissent apparaître la
silhouette tant recherchée. Posé à l’arrière-plan, j’ai vraiment
eu de la chance de le repérer ! Sa découverte était aussi
improbable que celle de cette femelle de Garrot à œil d’or
perdue parmi les Fuligules.
Hector s’agite assez nerveusement contrairement à ses habitudes
et disparaît régulièrement derrière les phragmites en mouvement.
Ce brassage et cette agitation n’ont pas l’air de trop lui
plaire. Quelques gros coups de vent secouent le marais et je le
perds définitivement.
Les cris du Martin-pêcheur me rappellent à l’ordre et me
signalent qu’il est temps … de fermer la parenthèse …
Anne
Plumes
naturalistes...

Arrêter le temps …
Virelles, mardi 4 novembre.
Ce matin, le soleil est loin d’être franc mais le ciel laisse
tout de même apparaître quelques trouées teintées de bleu. La
lumière d’automne est toute douce. Hier après-midi, je ne me
suis pas rendue compte que les températures étaient si clémentes
et je regrette de ne pas être sortie. Alors, c’est décidé,
aujourd’hui je compte bien me rattraper !
L’étang reflète un calme que seuls le Troglodyte, le Rougegorge
et le Grimpereau des jardins osent venir interrompre. A
l’énervement du Troglodyte, je préfère de loin le doux trémolo
du Rougegorge. Sur l’île, les Bécassines des marais sont
nombreuses à se toiletter, au moins une trentaine … Elles sont
sans doute bien plus, cachées dans les hautes herbes. Cinq
Pipits spioncelles volètent en tournoyant autour de l’îlot,
avant de s’y poser à nouveau. Sans leurs cris et cet envol
providentiel, je n’aurais pu deviner leur présence…
Du
côté de l’étang, c’est le Fuligule nyroca et les milouinans que
j’espère… Et pourquoi pas le Butor, signalé très régulièrement
depuis trois-quatre semaines… Le long de la grande roselière,
place au clan des canards de surface ! Je compte nonante-cinq
Canards souchets, une dizaine de Sarcelles d’hiver et quelques
morillons qui ont décidé de faire bande à part. Les plongeurs
sont effectivement éparpillés tout le long de la rive nord et
c’est parmi eux qu’il faut chercher … J’y ai déjà jeté un coup
d’œil en début de promenade, trouvant au loin trois Fuligules
milouinans parmi les morillons et les milouins. Je les
observerai plus tard, quand je me serai un peu plus rapprochée.
Chercher encore… Tout en écoutant le Troglodyte qui s’est
décidé, lui aussi, à chanter. Cris du Martin-pêcheur, de
Chardonnerets élégants et d’Alouettes des champs en vol et …
petit cochon que l’on étrangle dans les marais. Le Râle d’eau
est de sortie !
Des milouins, toujours des milouins … Et des morillons à n’en
plus finir… Un oiseau se toilette en se contorsionnant et je ne
vois que son ventre pâle et le bas de ses flancs. Sans doute un
morillon de plus… Arrêt sur image tout de même… Encore cette
fameuse intuition… Le premier mâle de Garrot à œil d’or de
l’automne est pour moi !!! SMS à Sébastien qui est cloué chez
lui en ce moment. De quoi lui changer les idées ! Normalement
cette première avait toutes les chances d’être pour lui !
J’avais déjà cherché cette espèce aux Barrages de l’Eau d’Heure
le week-end dernier mais n’avait trouvé que des Canards
siffleurs, chipeaux et souchets…
Le nez dans mon carnet de notes, je l’ai perdu bien sûr. Coup
classique ! Parcourir les fuligules à nouveau… Ça m’apprendra !
Un couple de chipeaux… Les trois milouinans… Et une silhouette
aux couleurs chaudes, tibias dans l’eau. Mon cœur se serre !
Maître Butor ! Quelques minutes d’observation et il décolle. Je
le suis en vol à la longue-vue sur une bonne centaine de mètres
puis il se pose lourdement en hauteur dans les roseaux et y
disparaît. Je ne le reverrai pas … Par contre, je retrouve le
Garrot en pleine action de pêche. Il n’est pas encore tout à
fait joli, ses flancs sont légèrement « salis ».
Début d’après-midi… Encore une bonne heure pour me balader et
scruter parmi les canards. Un dernier coup d’œil à l’ouest… et
une nouvelle surprise sur l’île. Lapin blanc est papa… ou maman.
Et pour Lapin noir, c’est tout juste l’inverse bien sûr ! Deux
petites boules de poils blancs prennent le soleil à l’entrée de
leur rabouillère. Et en voilà un troisième ! Puis un quatrième
tout noir ! L’amusante nouvelle fait vite le tour de
l’Aquascope, le tout salué par l’arrivée bruyante d’une
soixantaine de Bernaches et par le Garrot qui fait chemin cap à
l’ouest. Depuis le début de la journée, c’est là que mon
intuition me pousse également. Il doit être écrit quelque part
qu’aujourd’hui je ne verrai pas l’autre bout du plan d’eau. Et
tant pis pour le nyroca !
Le soleil tombe déjà derrière les arbres mais il diffuse sur
l’étang et ses habitants une magnifique lumière dorée. Le vent
de nord-est s’est levé ! Deux femelles de Garrot près de l’île !
Un régal pour les yeux ! Elles pêchent côte à côte, de manière
parfaitement synchronisée, parmi un groupe de colverts et de
souchets. Je ne sais plus où regarder… Je les observe
longuement… Leur œil jaune pâle étincelle au soleil…
Ma montre me rappelle à l’ordre… J’aurais aimé pouvoir… arrêter
le temps !
Anne
Plumes
naturalistes...

Comme les petits Lapinos …
Virelles, 17 novembre. Le
soleil fait une apparition bien appréciée à cette période où les
jours sont courts et où la lumière nous manque tant … Jeudi
dernier, même la pleine lune y mettait du sien, essayant
brièvement de se faire passer pour l’astre solaire. Lors de son
lever vers 16h, elle paraissait énorme et son étonnante couleur
orangée faisait penser au soleil couchant. A s’y méprendre …
Depuis ce matin, l’Aquascope passe à l’horaire d’hiver. Il n’y a
plus guère que les Mésanges pour s’y presser en semaine … à la
mangeoire. Ce sont mes visiteuses habituelles, charbonnières et
nonnettes. Et puis aussi la bleue, la gentille petite râleuse, «
celle qu’on n’épouserait pas » m’a dit un jour un ami ! Au sol,
la mangeoire attire aussi Pinsons des arbres, Verdiers,
Rougegorges et Moineaux domestiques. Ce matin, deux hôtes de
marque se posent à un mètre de ma fenêtre, une Sittelle
torchepot mais surtout un Pic épeiche, qui n’a pas vraiment
apprécié de me découvrir de l’autre côté du vitrage.
Comme les petits Lapinos de l’île, je sors de ma rabouillère
pour prendre le soleil. J’entends le cri mélancolique du
Bouvreuil pivoine, toujours difficile à localiser. Il me semble
lointain alors que je découvre un beau mâle à une dizaine de
mètres de moi, recherchant des bourgeons dans un buisson
dégarni.
Derrière lui, je perçois les cris fins et aigus de Roitelets
huppés qui se déplacent fébrilement dans les branchages d’un
épicéa. Tout autour de moi, les tiges de roseaux craquent et se
balancent au rythme des allées et venues des Mésanges,
Troglodytes et Rougegorges. Sur l’étang, les plongeurs sont les
rois en ce moment avec plus de 900 Fuligules milouins et
morillons. Des scores énormes par rapport aux autres plans d’eau
de la région. Autour de l’îlot, belle diversité de canards de
surface avec une Sarcelle d’hiver, quatre Canards chipeaux ainsi
qu’une belle bande de colverts et de souchets. Quatre femelles
au bec spatulé barbotent, filtrant l’eau tête en bas et
postérieur en haut, tout en tournant sur elles-mêmes. Jolie
démonstration de nage synchronisée…
Sébastien me signale cinq Panures à moustaches, dont deux mâles,
bien visibles en bordure de la grande roselière. Direction le
mirador … J’ai beau chercher, je ne repère rien à part une
fausse alerte pour … un Rougegorge. Ce ne sera donc pas encore
pour cette fois…
La balade se termine par un envol de Bécassines des marais et de
grands fous rires. Sébastien et Olivier sont partis en canoë sur
l’îlot pour récupérer à l’épuisette les membres de la famille
Lapinos. Les grands froids approchent, il est temps de les
mettre à l’abri. Et je ne peux m’empêcher de rire en voyant nos
deux gaillards cavaler … comme des lapins !
Anne
Plumes
naturalistes...

Patience, encore …
Virelles, mardi 25 novembre.
L’étang affronte les premiers frimas, neige le week-end et gelée
ce matin. La végétation est couverte de givre et une fine
pellicule de glace s’est posée par endroits à la surface de
l’eau. Vers 9 heures, le soleil fait une timide apparition mais
referme bien vite les yeux. L’air est voilé d’une légère brume.
Soleil, tu nous manques tant !
J’ai préparé bottines et longue-vue pour un bol d’air en fin de
matinée. Brève hésitation vu le manque de lumière … Allez, on
verra ! Dans le parc, une Sittelle, occupée à marteler, fait
entendre des claquements secs. Cris de Geais des chênes,
Mésanges bleues et charbonnières, Mésanges à longue queue … La
boréale aussi … Pschhh, Pschhh …
Le soleil réapparaît furtivement et apporte une jolie note dorée
au paysage. L’heure est au lent dégel. L’atmosphère est feutrée,
j’entends seulement quelques cris, chants et battements d’ailes
d’oiseaux qui s’ébrouent sur l’eau.
Le froid nous aurait-il apporté quelques visiteurs venus du
Grand Nord ? Les milouins et morillons sont toujours nettement
majoritaires. Près de l’îlot, observation rapprochée d’un beau
mâle de Canard chipeau. Sa devise : « Elégance, bon goût et
sobriété ». Un plumage tout en subtilités et raffinements :
pointillés, mouchetures et fines vermiculations y déclinent
toutes les nuances de brun. Ses longues scapulaires, liserées de
brun roux, retombent joliment sur ses flancs et n’ont presque
rien à envier à celles du Canard pilet. Œil légèrement souligné,
bec sombre, sous-caudales noires bordées d’un miroir blanc. Pas
le moindre soupçon d’exubérance chez cet oiseau-là ! La grande
classe ! Le vrai chic !
Je recherche des silhouettes claires, espérant des Harles
bièvres. Tous les individus suspects ne sont que des Canards
souchets. Encore un peu de patience … En rejoignant l’est de
l’étang, je provoque l’envol d’un canard qui longeait jusque-là
la berge. Pas l’occasion de le prendre aux jumelles mais avec
tout ce blanc dans l’aile, j’ai bien ma petite idée …
Au bout de l’étang, l’eau qui s’engouffre dans le moine fait un
impressionnant bruit de vieille locomotive. Arrivée en masse ces
derniers jours, il faut en effet lui permettre de poursuivre son
chemin…
Près de l’ancienne canardière, Goélands bruns et argentés ont
pris possession d’un radeau de glace. Presque tous sont des
individus adultes. En milieu d’après-midi, bien d’autres
rejoindront le plan d’eau en rangs serrés, comme chaque jour.
Le long de la rive, au-delà du déversoir, j’aperçois deux
femelles de Garrot à œil d’or. Elles pêchent ensemble, à faible
profondeur, ne s’éloignant guère du bord. En rejoignant
l’Aquascope, j’en découvre une troisième près de l’île boisée.
Indécise, elle alterne sieste et séances de pêche. Une heure
plus tôt, nous nous étions déjà rencontrées car il s’agit, j’en
suis sûre, de l’oiseau dont j’avais provoqué la fuite !
Anne
Plumes
naturalistes...

Lever de soleil chez Aurore …
Virelles, lundi 8 décembre.
Une seule nuit de gel et l’absence de vent ont suffi à déposer
une fine pellicule de glace sur une bonne partie du plan d’eau.
La végétation est figée sous le givre que le soleil naissant ne
tardera pas à faire disparaître. L’ouest de l’étang est comme
endormi, la majorité des oiseaux étant rassemblés à l’extrémité
opposée. Un temps à faire sortir Hector le Butor…
Près de la grande roselière, l’atmosphère est digne du domaine
de la Belle au Bois Dormant. Mouettes, Goélands et Bernaches ont
déjà quitté l’étang au petit jour en passant devant mes
fenêtres. Quelques colverts se reposent sur l’île en compagnie
d’une Bécassine des marais. Une Grande Aigrette est perchée haut
dans un arbre. Seuls quelques morillons ont brisé cette loi du
sommeil, ainsi qu’un mâle de Garrot repéré lors d’un bref retour
à la surface entre deux plongées. Le soleil fait briller sa
jolie tête vert foncé. Un autre mâle longe la roselière nord,
directement suivi par une femelle.
En faisant demi-tour, je trouve le cadavre d’un Geai des chênes,
corps décapité et poitrine ensanglantée. La signature de
l’Autour, peut-être … ou plus probablement celle de la femelle
d’Epervier… Sur le petit chemin bordant la rive sud, les
feuilles mortes gelées crissent sous mes pas alors que dans les
arbres, le givre se transforme en une pluie continue de fines
gouttelettes. La balade me donne l’occasion de découvrir les
travaux effectués tout récemment sur l’île boisée. Elle vient
d’être réouverte sur sa moitié est dans l’espoir d’y favoriser
l’installation d’une colonie d’Ardéidés. Les arbres abattus,
couchés dans l’eau, serviront bien vite de perchoirs pour les
oiseaux mais aussi de zone refuge pour le petit poisson.
L’aménagement sera bientôt complété par l’installation d’une
deuxième aire à Balbuzards pêcheurs et par la pose de nichoirs à
Harles et Garrots. Aujourd’hui, sur ses berges, quelques Canards
chipeaux se toilettent près des colverts.
Beaucoup d’oiseaux se sont regroupés aux abords du Ry Nicolas
mais pour tous, milouins, morillons et souchets, l’heure est
encore à la sieste. Seul un Garrot mâle y exécute avec
énervement de curieux mouvements du cou et de la tête alors
qu’il n’y a pas d’autre individu de son espèce dans les parages
! L’ancienne canardière a rassemblés les exotiques, deux Ouettes
d’Egypte posées à sa gauche et un Tadorne casarca trônant à son
sommet.
Un atterrissage très proche me fait soudain lever les yeux de
mon carnet. Le couple de Garrots vient de se poser à une dizaine
de mètres de moi. Juste le temps d’admirer le mâle quelques
instants et la femelle donne le signal de départ vers l’est de
l’étang …
Anne
Plumes
naturalistes...

Juste quelques petites choses
…
Virelles, vendredi 19 décembre.
Après quatre jours de lutte acharnée, le soleil sort enfin
vainqueur et m’attire comme un aimant. Ses rayons auront bien
vite raison des dernières plaques de glace que les vagues font
chanter mais je suis toutefois surprise par la fraîcheur du
vent.
Les grands échassiers blancs étincellent au loin. Trois Grandes
Aigrettes déambulent à pas comptés le long de la roselière.
Trois autres ont pris possession des arbres de la presqu’île du
« bout du monde ». Les troncs récemment couchés dans l’eau à
l’est de l’île attirent déjà les oiseaux percheurs, Grands
Cormorans et Hérons cendrés. Le long de ses berges, les canards
sont nombreux à l’abri du vent : Fuligules milouins, colverts,
chipeaux ainsi qu’un groupe de treize Ouettes d’Egypte. Juste le
temps aussi d’apercevoir un mâle de Garrot à œil d’or à la
sauvette. Philippe vient d’en compter jusqu’à huit !
L’Oiseau « avec un grand O » est de sortie. Tel un automate posé
à un mètre de hauteur dans les roseaux, un Butor étoilé effectue un très lent
tour complet sur lui-même avant de rejoindre le niveau
inférieur, de tirer sa révérence et de disparaître au cœur de la
roselière. Cinq Grandes Aigrettes viennent de rejoindre ce
secteur, ce qui n’est pas au goût du Seigneur …
Deux oiseaux noirs et blancs survolent l’étang et attirent mon
attention par leurs cris. Ki-vit, ki-vit … Deux Vanneaux huppés…
Un peu plus tard, ils sont une trentaine à illuminer le ciel de
leurs flashs blancs. Un Epervier perché au sommet d’un arbre
mort … Une douzaine de Bécassines qui tournoient longuement et
cherchent un endroit calme pour se poser … Et la froideur de
l’ombre qui me pousse à faire demi-tour … un rien trop tôt …
Je croise un peu plus tard Philippe et Sébastien, un peu gênés
de m’annoncer … une Sarcelle d’été … un sanglier traversant un
chenal de la roselière à la nage … un Pipit spioncelle en vol …
et surtout un Chat sauvage au pied du mirador !
Juste quelques petites choses, comme ils disent …
Anne
Plumes
naturalistes...

Une aube sauvage à Virelles
…
Les cris de la hulotte se croisent dans les derniers instants de
la nuit. Déjà l’est se teinte d’une lueur pastel. Nous nous
glissons dans le canoë et nous pagayons vers le clair obscur du
nouveau jour. La civilisation humaine cède le pas à un royaume
issu d’un autre temps.
Athabaska, tel est le nom de notre canoë, glisse vers la
roselière. Premier contact. Nous sommes baignés de chants
d’oiseau, 5, 10, 15 ? Impossible à dire, il nous faut fermer les
yeux et écouter, juste écouter, alors seulement nous
reconnaissons certains d’entre eux. Ils se répondent, exigent
qu’on les écoute. Tout ce beau monde nous signale qu’aujourd’hui
comme les jours précédents ils seront membres de la communauté
de l’étang.
Mais déjà l’horizon nous rappelle, nous nous relançons vers
le nouveau jour. La voûte céleste se colore des premiers rayons
et nous réalisons soudain que la brume nous cerne.
Pourrions-nous nous perdre si nous nous écartions davantage du
rivage ? Saveurs et peurs joyeuses de l’enfance. Les couleurs se
transforment d’un instant sur l’autre. Les rayons du soleil
louvoient et se reflètent sur les gouttes d’eau en suspension.
Quelques canards se dérobent à notre regard, s’enfonçant dans
le rideau opaque du brouillard pour disparaître dans l’inconnu.
Ceci n’est que partie remise messieurs, l’astre de lumière nous
révèlera bientôt vos mondes cachés. Et nous pourrons alors
sourire de vos plongeons et de vos envols. Nos yeux chassent la
moindre présence, le moindre mouvement, le moindre indice qui
nous donnerait à apercevoir l’inattendu. Tout vient à point à
qui sait attendre disait le fabuliste Jean de la Fontaine.
L’un d’entre nous soulève la main vers la cime des arbres,
là, légèrement décalé, juste un peu sur la gauche. Un seigneur
se lève, troublé par notre présence. Le rapace déploie ses ailes
dans l’éther et sans rien ajouter que son envergure, se fond
dans un océan de brume. Qui était-il ? Notre guide ne peut
s’empêcher de penser au Balbuzard pêcheur. Nous décidons
de suivre sa direction sans espoir de le surprendre à nouveau.
En fait, juste pour se réchauffer au premier soleil de la
journée.
Nous arrêtons Athabaska au milieu de nulle part et nous
écoutons l’histoire de cet étang. Issus du travail des métaux
par les hommes, forges, soufflets et enclumes y résonnèrent
durant de longues années. Nous nous perdons dans les méandres de
l’histoire lorsqu’une douce rumeur se fait derrière nous. Un vol
de cygnes déchire la brume. Dignes et majestueux, ils nous
dépassent par la proue. Le cou tendu et les ailes éclatantes,
ils viennent saluer l’astre diurne. Un retardataire les rattrape
en nous survolant sans craintes et se fond dans leur vol pour
s’en retourner dans un monde qui n’est déjà plus que brumaille.
Autour de nous, la brume se dissipe en petites fumerolles qui se
parent de couleurs au nom de saveur. Sépia, ambre, souffre, cyan
ou encore carmin. Le cœur perdu dans ce tableau intimiste, nous
partons vers la petite rivière qui alimente l’étang à la
découverte du castor.
Ce nouvel hôte du lieu ne se montrera que par ses traces que
sont arbres abattus à l’écorce rongée ou encore constructions
aux nombreuses issues. C’est une occasion de se déplacer dans la
partie la plus sauvage de la réserve. Pas d’intervention humaine
ici. La nature laissée pour seul maître d’œuvre. Un univers où
le peuplier, l’aulne, le saule et le frêne sont maîtres des
terres et abritent quantité d’oiseaux qui nous charment par
leurs chants ou qui nous accordent un vol furtif en guise de
salut. Selon les saisons, Loriot au cri charmeur, Rousserolle
verderolle aux imitations trompeuses ou encore Pics épeiche et
épeichette tambourinant à la recherche de victuailles . Un
essaim de pigeons voyageurs se rue vers le nord… Quel doux
voyage !
Philippe Avenel
Plumes
naturalistes...
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