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Le domaine de Virelles, c'est avant tout un étang
qui occupe la plus grande partie du site: quatre-vingts
hectares d'eau libre qui en font l'un des plus grands
plans d'eau « naturels » de Wallonie. Pas tout à fait
naturel en réalité car il n'a pas toujours existé. Il y
a bien longtemps, l'espace était occupé par une cuvette
marécageuse traversée par quelques ruisseaux...
Les Celtes et les romains les premiers, attirés par les
richesses minières de la région, y développèrent la
métallurgie qui prit son plein essor aux XVème et XVIème
siècles.
Quel
lien avec l'étang de Virelles? L'énergie, bien sûr, qui
était nécessaire au fonctionnement des forges et au
travail du fer. Cette énergie, l'eau la fournissait à
l'époque: la force hydraulique, développée par une chute
d'eau régulière, faisait tourner une roue à aube qui
actionnait soufflets et marteaux. Voilà pourquoi les
exploitants de la forge de Virelles construisirent en
1580 un barrage en travers du ruisseau Nicolas situé au
nord de l'actuel étang, de manière à créer un réservoir
d'eau (« le vivis de Virelles ») d'une cinquantaine
d'hectares. Vers 1750, une deuxième forge s'installe sur
l'Eau Blanche ce qui a entraîné l'augmentation de la
superficie du plan d'eau aux quatre-vingts hectares
actuels. C'est ainsi que l'étang de Virelles est né.
Usages anciens
À la fin du XIXème siècle,
l'activité des forges et des
fourneaux est en déclin. En
cause: l'épuisement des
gisements, la surexploitation
des forêts alimentant les forges
en charbon de bois, l'apparition
de la machine à vapeur,
l'utilisation du coke... La
retenue d'eau créée par les
forgerons perd son utilité pre mière
mais acquiert progressivement de
nouvelles vocations. Propriété
des princes de Chimay, le site
fut loué pour la chasse et la
pêche. Les joncs et les saules
bordant l'étang ont aussi fourni
à une famille de vanniers les
matériaux nécessaires au
rempaillage des chaises et à la
fabrication de paniers, de
corbeilles et de nattes. Les
roseaux trouvèrent aussi une
utilité: fauchés par les
habitants des villages
avoisinants, ils procuraient des
tiges vigoureuses utilisées pour
la confection de toits, de
huttes ou servaient de litière
pour le bétail... Toutes ces
activités anciennes,
préindustrielles, artisanales ou
agro-pastorales, ont contribué à
façonner le paysage actuel de
l'étang et à créer des habitats
de choix pour plusieurs espèces
d'animaux et de plantes
remarquables.
Aujourd'hui, ces activités ont
cessé et le produit de la fauche
annuelle des roseaux reste sans
utilisation. L'association
cherche des valorisations
possibles de cette matière
abondante.
Virelles plage
L'avènement
du tourisme de masse à partir des années quarante et
jusqu'au début des années quatre-vingts fragilisa
fortement les équilibres naturels du domaine de
Virelles. Au fil des ans, des infrastructures d'accueil
ont été construites, des plages pour la baignade ont vu
le jour, le bord de l'étang a été bétonné pour faciliter
l'accès au lac des barques, pédalos, voiliers et canots
à moteur... Autant d'infrastructures, autant d'atteintes
portées à la nature par les gestionnaires touristiques
de l'époque. Le paroxysme fut atteint lorsque, dans les
années septante, des herbicides furent déversés dans
l'étang afin d'éradiquer la végétation qui entravait les
activités nautiques. Résultat: disparition des plantes
et des oiseaux, régression des roseaux et mortalité
importante des poissons de l'étang.
Le nouveau visage de Virelles
En 1981, le site cherche un nouvel acquéreur. Divers
projets de lotissements et d'aménagements touristiques
voient le jour et menacent à nouveau l'étang qui, malgré
les atteintes portées au milieu naturel par plusieurs
dizaines d'années de tourisme à outrance, est toujours
considéré comme une zone humide d'importance majeure en
Wallonie. Trois associations de protection de la nature
entrent alors en jeu: la Société d'études
ornithologiques Aves, les Réserves naturelles et
ornithologiques de Belgique (RNOB) et le Fonds mondial
pour la nature (WWF) unissent leurs efforts pour louer
le domaine. Le conseil de gestion du site naturel de
l'étang de Virelles est ainsi constitué. Fortis (à
l'époque Générale de Banque), sensible aux arguments des
naturalistes accepte d'acheter en 1985 le site et de
céder sa gestion aux trois associations par un bail
emphytéotique de nonante-neuf ans. Épilogue heureux d'un
parcours semé d'embûches...
Un projet de taille
Depuis le 2 avril 2004, le site s’est doté d'un projet
de taille: celui de l'Aquascope. Ce projet a compris
l'ouverture d'un Centre d'Interprétation de la Nature
mais également la restauration des berges de l'étang.
Aménagées pour les activités touristiques de l'époque,
les berges de béton se révélaient fort peu accueillantes
pour la faune et la flore de la réserve. Un remodelage
complet en berges naturelles accentuant 'l'effet de
lisière' (lagunes, îlots, berges abruptes) a apporté une
croissance rapide de la variété d'espèces observées. Un
pas en avant par un retour vers le passé en quelque
sorte...
L'Aquascope est un pari ambitieux: allier tourisme et
protection de l'environnement. Il s'agit de garder
l'affectation touristique du site mais de réduire son
impact sur le milieu et de la mettre au profit de la
sensibilisation.
Aujourd'hui, les services de conservation et de
sensibilisation unissent leurs efforts pour contribuer
tant que faire se peut à la préservation de
l'environnement au sens large.
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